De mon enfance passée en Afrique, j’ai gardé le plaisir de la couleur vive et chaude, des formes simplifiées et pures. Adolescent, j’ai choisi l’école Boulle comme lieu de formation en arts appliqués et métiers d’arts. J’y ai appris l’ébénisterie et l’architecture d’intérieur. Cet emprunt aux métiers d’arts dans mon cursus d’artiste est omniprésent et je le revendique. C’est la rencontre avec Dali, alors que je travaillais avec son représentant Benjamin Lévy, qui m’a profondément marqué et a été déterminante dans mon cheminement de carrière.

Depuis trente ans, je ne vis que de ma peinture. Autodidacte dans ce domaine, j’ai fait de nombreuses expériences avant de la choisir comme médium de prédilection. Le design revient régulièrement alimenter mon imaginaire et mes explorations techniques. Mais c’est dans le travail bidimensionnel de la matière peinte que j’ai trouvé ma passion de recherche la plus constante.

david farsi artiste peintre - son parcoursEn quarante ans de pratique artistique, j’ai décliné la peinture sous différentes formes. De l’exploration au couteau à la disparition de la matière épaisse avec la laque, je cherche l’épanouissement de la texture et des couleurs. La laque m’a permis de faire le lien entre ma formation en métiers d’art et mon désir d’expression. C’est d’abord par la narration que j’ai trouvée un chemin; une maîtrise artisanale en a été le support. Avec le temps j’ai éprouvé le besoin de transformer la matière lisse de la laque pour dégager des textures. Exploration thématique et exploration technique sont donc devenues indissociables.

En 1997, je me suis passionné pour le dessin sur ordinateur, créant des matières artificielles et me l’appropriant comme nouveau médium. La luminescence de l’écran rappelait étrangement la matière de la laque. Après sept années, 1024 images impalpables sont sorties de mon atelier virtuel. J’ai construit le Ko (kilo-octet), un tableau écran qui présentait aléatoirement chaque jour une de ces images carrées comme autant d’emprunts de l’œuvre d’art sur notre quotidien. L’appréciation de cette œuvre ne se faisait que dans l’espace-temps. Puis, j’ai édité ces images et ce nouveau contact avec le papier et l’encre mate a alors ravivé mon désir de peindre.

Mon inspiration vient de mes rencontres avec autrui, de l’énergie des échanges. Je m’interroge sur les relations humaines et la marque que l’on laisse sur l’autre, tous ces chemins croisés qui nous façonnent. Je cherche à saisir ces instants privilégiés et à les inscrire dans l’espace-temps. C’est la trace de la vie qui m’intéresse. Ma rencontre avec Dali a été déterminante pour l’exploration de l’imagerie fictionnelle qui m’appartient. Une sorte de bestiaire mythique, un monde fantastique habite mes toiles. Comme vestige de ma formation, la représentation de meubles est omniprésente dans mon travail. Comme une métaphore du lieu, le meuble pose les repères de l’espace habitable du tableau. Souvent mes toiles ne se suffisent pas d’elle-même, l’œuvre existe en fragments et exige l’autre. Le spectateur doit les appréhender dans le temps d’un polyptyque.

Actuellement dans ma peinture, la narration a repris le dessus sur l’expression. J’ai toujours mené une sorte de combat entre thème et matière. Mes dernières recherches m’ont écarté de la matière expressive. Le dessin de la forme est devenu plus important ne laissant à la couleur et à la matière qu’un espace de second ordre. Je cherche à trouver l’équilibre pour donner de la force à cette matière. Comme à l’époque baroque, je cherche la rupture avec le dessin des classiques pour trouver le point d’équilibre entre dessin et couleur. J’ai relu le Chef d’œuvre inconnu de Balzac, l’explosion de la matière de Frenhoffer m’interpelle.

David Farsi